D'où vient le couscous : les plats qui ont voyagé
Le couscous est le plat préféré des Français dans beaucoup de sondages, et il vient d'ailleurs, ce qui étonne les enfants. Ses inventeurs sont les Berbères d'Afrique du Nord, bien avant que le Maroc, l'Algérie ou la Tunisie n'existent comme pays. Des ustensiles percés, semblables au haut d'un couscoussier, ont été trouvés dans des tombes d'Algérie du IIIe siècle avant notre ère. Les premières recettes écrites datent du XIIIe siècle, et Rabelais parle déjà de « coscotons » en 1532. En 2020, l'UNESCO l'a inscrit au patrimoine de l'humanité, sur un dossier commun de quatre pays qui, pour une fois, ne se disputaient pas : D’où vient le couscous ?.
Ce qu'un enfant retient facilement, c'est que le couscous est d'abord une graine que l'on roule à la main, pas un plat de viande. Il peut la rouler lui-même, avec de la semoule et un peu d'eau, en dix minutes. Il comprend alors ce que veut dire un savoir-faire, et pourquoi l'UNESCO protège des gestes et non une recette.
Les plats ont presque toujours voyagé plus que les gens qui les mangent. La tomate de la pizza vient d'Amérique et n'arrive en Italie qu'au XVIe siècle ; la pomme de terre des frites, du Pérou ; le chocolat, du Mexique. Le couscous a fait le chemin inverse, d'Afrique vers l'Europe, avec les soldats, les travailleurs puis les familles rapatriées en 1962. Les pâtes et la pizza ont leurs propres légendes de voyage, dont une inventée de toutes pièces en 1929 : Qui a inventé les pâtes ?.
D'où viennent les poux
Deux questions que les parents posent avec la même inquiétude et qui ont des réponses très différentes. Les poux d'abord. Ils ne viennent pas de la saleté, ni d'un animal, ni de nulle part : ils passent d'une tête à l'autre par contact direct, quand deux enfants collent leurs cheveux. Un pou ne saute pas, ne vole pas, marche vite, et vit un mois sur un cuir chevelu, où la femelle colle jusqu'à dix œufs par jour. Ils accompagnent les humains depuis toujours : des lentes ont été trouvées sur des cheveux vieux de 10 000 ans, et les Égyptiens fabriquaient déjà des peignes fins. Le cycle, la transmission et les bonnes méthodes sont ici : D’où viennent les poux ?.
Les punaises de lit ont une origine plus lointaine encore. Elles vivaient sur les chauves-souris, dans les grottes du Proche-Orient, et ont adopté les humains qui dormaient là. On en a retrouvé dans un village d'ouvriers égyptien vieux de 3 500 ans. Presque disparues des pays riches après 1945 grâce au DDT, elles reviennent depuis la fin des années 1990 avec les voyages en avion et la résistance aux insecticides : en France, 11 % des foyers ont été touchés entre 2017 et 2022 selon l'Anses. Elles arrivent dans les valises et les meubles d'occasion, jamais par la saleté : D’où viennent les punaises de lit ?.
La différence à faire comprendre aux enfants tient en une phrase : le pou vit sur toi, la punaise vit à côté de toi. Le premier se traite sur la tête ; la seconde se traite dans la chambre. Ni l'un ni l'autre ne transmet de maladie, contrairement à certaines mouches et aux moustiques : Est-ce que les mouches piquent ?.
D'où vient le mot OK : les mots qui ont une histoire
Les mots sont des inventions comme les autres, et certains ont un acte de naissance. OK est né le 23 mars 1839 dans le Boston Morning Post, un journal américain, à une époque où les jeunes gens de Boston s'amusaient à écrire des mots avec des fautes exprès et à ne garder que les initiales : « all correct » devenait « oll korrect », O.K. La blague aurait dû mourir en quelques mois. Mais en 1840, le président Martin Van Buren, né à Kinderhook, se fait surnommer Old Kinderhook par ses partisans, qui crient « OK » dans tous les meetings. Puis le télégraphe, en 1844, adopte les deux lettres pour dire « bien reçu ». Le mot fait ensuite le tour du monde, et sera même le premier mot prononcé sur la Lune, en 1969 : D’où vient le mot OK ?.
Cette histoire a été démêlée en 1963 par un professeur de l'université Columbia, Allen Walker Read, qui a lu des années de vieux journaux pour trouver la première trace. Avant lui, on racontait que OK venait d'un mot indien, du grec, du wolof ou d'un employé de chemin de fer. Aucune de ces belles histoires ne tient devant les documents.
Les enfants adorent l'origine des mots, surtout quand elle est drôle. Le bourdon s'appelle ainsi parce qu'il bourdonne ; la citrouille vient de « citre », un ancien nom du cédrat, à cause de sa couleur ; « échec et mat » vient du persan « le roi est mort ». Chercher d'où vient un mot est une habitude qui rend curieux, et qui apprend au passage d'où viennent les chiffres eux-mêmes, venus d'Inde par Bagdad : Qui a inventé les chiffres ?.
Comment expliquer une origine à un enfant : la ligne du temps
Le problème avec les origines, c'est le temps. Un enfant de six ans ne fait pas la différence entre « il y a 200 ans » et « il y a 2 000 ans » ; pour lui, tout ce qui précède ses grands-parents est « avant ». La ligne du temps est l'outil qui règle cela. Une grande feuille, ou un mur de couloir, une ligne horizontale, et l'on place les repères qu'il connaît : sa naissance, celle de ses parents, de ses grands-parents. Puis on ajoute les origines à mesure qu'on les rencontre : OK en 1839, la Saint-Valentin des amoureux en 1382, Samain il y a 2 000 ans, les poux depuis toujours.
Très vite, l'enfant voit que le mot OK est jeune (D’où vient le mot OK ?), que Halloween est vieille (D’où vient Halloween ?), et que les poux sont plus vieux que tout. Il voit aussi que les choses « traditionnelles » sont souvent plus récentes qu'on ne le croit : la citrouille d'Halloween a moins de 200 ans, le père Noël en rouge dans un traîneau a 200 ans, et la Saint-Valentin avec des chocolats en a 150. La ligne du temps est le meilleur remède contre l'idée que « ça a toujours été comme ça ».
Une autre méthode est le jeu des étages, décrit plus haut pour les fêtes : on empile les couches d'une origine, la plus ancienne en bas. Halloween a quatre étages, Samain, Toussaint, navet irlandais, citrouille américaine. Le couscous en a trois, la graine berbère, le plat maghrébin, le couscous royal des restaurants français. Un enfant qui a construit trois ou quatre piles ne demande plus « qui a inventé Halloween », il demande « quel est l'étage le plus vieux », ce qui est la bonne question.
La frise des inventions, où l'on place les dates sur une ligne et où l'on devine qui vient avant qui, fonctionne sur le même principe et se joue à plusieurs. Le téléphone avant ou après l'avion ? La pizza Margherita avant ou après le mot OK ? Les réponses surprennent souvent les adultes autant que les enfants.
Pourquoi une origine a souvent plusieurs versions
Un enfant qui a lu que le couscous vient des Berbères entendra un jour un ami dire qu'il vient du Maroc, et un autre qu'il vient d'Algérie. Les deux ont raison à leur manière, et il faut lui expliquer pourquoi. Une origine ancienne précède les pays actuels : les Berbères roulaient la graine avant qu'il existe une frontière entre le Maroc et l'Algérie. Chaque pays revendique ensuite ce qui s'est passé sur son territoire, et personne ne ment. L'UNESCO a réglé la question en 2020 en acceptant un dossier commun.
Il y a aussi les légendes fabriquées, celles qui ont un intérêt derrière. Le mot OK a eu droit à une dizaine de fausses origines, certaines inventées par des gens qui voulaient qu'il vienne de leur langue. Les pâtes ont eu Marco Polo grâce à un magazine qui voulait vendre des pâtes. Le père Noël en rouge a eu Coca-Cola, qui ne l'a jamais vraiment revendiqué mais n'a pas démenti. La question à poser est toujours la même : qui raconte cette version, et qu'est-ce qu'il y gagne ?
Enfin, il y a les origines que l'on ne connaît simplement pas bien, faute de traces écrites. Les Celtes n'ont presque rien écrit ; ce que l'on sait de Samain vient de moines irlandais qui ont copié les récits des siècles plus tard. On en sait beaucoup sur le mot OK parce que les journaux de 1839 ont été conservés ; on en sait peu sur saint Valentin parce que les textes qui le décrivent ont mille ans de retard. Dire à un enfant « ça, on ne le sait pas bien, voilà pourquoi » est une réponse complète.
Ces trois cas, le pays qui revendique, la légende intéressée, la trace qui manque, couvrent presque toutes les disputes d'origine. Un enfant qui les connaît peut écouter deux versions sans avoir besoin de décider laquelle a tort, et c'est une compétence que beaucoup d'adultes n'ont pas.
Le meilleur exercice pour la mettre en place se fait avec deux livres ou deux adultes qui ne racontent pas la même origine. On note les deux versions côte à côte, on souligne ce qui est daté et ce qui ne l'est pas, ce qui vient d'un document et ce qui vient de « on dit ». La version qui a les dates et les documents gagne en général, et quand aucune ne les a, on écrit « on ne sait pas », ce qui est aussi une réponse. Les enfants aiment beaucoup ce rôle de juge, et ils sont souvent plus stricts que les adultes sur les preuves.