Pourquoi la mer est salée
La mer pose deux questions, toujours les mêmes, et souvent les deux le même jour. La première vient après la première tasse bue par accident : pourquoi la mer est salée ? Parce que, depuis des milliards d'années, la pluie use les roches des continents, dissout leurs sels minéraux et les entraîne par les rivières jusqu'à la mer. L'eau de mer s'évapore ensuite pour former les nuages, mais le sel, lui, reste. Résultat : 35 grammes de sel par litre en moyenne, l'équivalent de six cuillères à café. La mer Morte en contient près de dix fois plus, au point que l'on y flotte sans effort. La réponse complète, avec la différence entre une mer et un lac, est là : Pourquoi la mer est salée ?.
La deuxième question arrive en regardant l'horizon : pourquoi la mer est bleue, alors que l'eau du verre est transparente ? Ce n'est pas seulement le reflet du ciel. L'eau absorbe d'abord les couleurs rouges et orangées de la lumière ; le bleu, lui, traverse et ressort. Il faut plusieurs mètres d'épaisseur pour que l'effet se voie, c'est pourquoi un verre reste transparent et une piscine paraît bleue. Près des côtes, le sable, les algues et la vase donnent du vert ou du gris : Pourquoi la mer est bleue ?.
Ces deux réponses ont un point commun utile à faire remarquer aux enfants : ce que l'on voit dépend de la quantité de matière traversée. Un peu d'air, et le ciel serait noir ; beaucoup d'air, et il devient bleu puis orange. Un peu d'eau, et elle est transparente ; beaucoup d'eau, et elle est bleue. Une seule idée pour deux mystères, c'est le genre de chose qu'un enfant de sept ans retient longtemps.
Pourquoi on bâille, pourquoi on a le hoquet, pourquoi on rêve : les
Le corps fait des choses bizarres sans nous demander notre avis, et les enfants les remarquent tout de suite. Le bâillement, d'abord. On a longtemps expliqué qu'il servait à respirer un grand coup quand on manquait d'oxygène ; les expériences ont montré que c'est faux, on bâille autant dans une pièce riche en oxygène. L'explication la plus solide aujourd'hui : le bâillement rafraîchit le cerveau, un peu comme on ouvre une fenêtre. Il est contagieux à partir de quatre ou cinq ans, et le bébé bâille déjà dans le ventre de sa mère : Pourquoi on bâille ?.
Le hoquet, ensuite, celui qui fait rire les enfants et agace les parents. C'est un sursaut du diaphragme, le muscle qui se trouve sous les poumons et qui commande la respiration. Il se contracte d'un coup, l'air entre brusquement, et une petite porte au fond de la gorge se referme : c'est le « hic ». Un Américain, Charles Osborne, a eu le hoquet pendant 68 ans, de 1922 à 1990, ce qui rassure sur la gravité de la chose : Pourquoi on a le hoquet ?.
Les larmes posent une question plus délicate, parce qu'un enfant qui demande pourquoi on pleure vient souvent de pleurer. On a trois sortes de larmes : celles qui lavent l'œil en permanence, celles qui répondent à l'oignon ou à la poussière, et celles de l'émotion. Les humains sont les seuls animaux à produire les troisièmes, et l'on ne sait pas encore tout à fait pourquoi : Pourquoi on pleure ?.
Le rêve, enfin. Chaque nuit, le cerveau traverse quatre à six cycles d'environ 90 minutes, et dans chacun se trouve une phase où les yeux bougent vite sous les paupières : c'est là que l'on rêve le plus. Sur une nuit, cela fait près de deux heures de rêves, dont on oublie presque tout au réveil. Pourquoi le cerveau fait cela, ce qu'il trie et ce qu'il répare, tout est là : Pourquoi on rêve ?. Reste la question que les parents redoutent le plus, celle des bébés. Elle a droit à une réponse exacte, pudique et adaptée à l'âge : Comment on fait les bébés ?.
Pourquoi les chats ronronnent
Les animaux de la maison sont les premiers sujets d'observation d'un enfant, et ils ne s'expliquent jamais. Le chat qui ronronne, pour commencer. Le ronronnement est une vibration produite dans le larynx, entre 25 et 150 fois par seconde, qu'il émet déjà à quelques jours pour dire à sa mère qu'il tète bien. Chez l'adulte, c'est le plus souvent un signe de bien-être, mais un chat ronronne aussi chez le vétérinaire, quand il a peur ou mal : le ronronnement le calme, comme un enfant qui fredonne dans le noir. Détails et sons dans Pourquoi les chats ronronnent ?.
Le même chat pétrit les genoux avec ses pattes avant, en alternant droite et gauche, les yeux mi-clos. On dit qu'il patoune. C'est un geste de chaton : en tétant, le petit appuie sur le ventre de sa mère pour faire venir le lait. L'adulte le refait sur une couverture ou sur vous quand il se sent aussi bien qu'à cet âge-là. Les griffes qui sortent au passage font partie du geste : Pourquoi les chats patounent ?.
Le chien qui broute est une inquiétude classique. Des vétérinaires de l'université de Californie ont interrogé plus d'un millier de propriétaires en 2008 : 68 % des chiens mangent des plantes régulièrement, moins d'un sur dix semblait malade avant, et un sur cinq seulement vomit après. Autrement dit, le chien ne se soigne pas, il broute parce que ses ancêtres le faisaient et parce que l'herbe fraîche a bon goût : Pourquoi les chiens mangent de l’herbe ?.
Les oiseaux du jardin, enfin, qui chantent dès l'aube au printemps. Ce sont presque toujours des mâles, et ils ne chantent pas pour le plaisir : ils annoncent aux autres mâles que le territoire est pris et signalent aux femelles qu'ils sont en forme. Le concert est plus fort au lever du jour, quand l'air est calme et porte loin. Pourquoi le merle chante et pas le moineau, pourquoi ça s'arrête en été : Pourquoi les oiseaux chantent ?.
Pourquoi les feuilles tombent en automne : les questions sur les saisons et
Chaque automne, la question revient avec les premières feuilles sur le trottoir. Un arbre ne perd pas ses feuilles parce qu'il fait froid : il les laisse tomber parce que les jours raccourcissent. Les feuilles sont des usines à sucre qui fonctionnent avec la lumière ; quand la lumière manque, l'usine coûte plus qu'elle ne rapporte, et l'arbre la ferme. Il récupère d'abord ce qu'il y a de précieux dans la feuille, surtout la chlorophylle, ce qui la fait passer du vert au jaune, puis fabrique une petite couche de liège à la base de la tige. La feuille, coupée de la sève, se détache au premier coup de vent.
Les couleurs de l'automne sont donc une histoire de départ, pas de mort. Le jaune et l'orange étaient déjà dans la feuille tout l'été, cachés par le vert ; le rouge des érables, lui, est fabriqué exprès au dernier moment. Les sapins et les pins gardent leurs aiguilles, plus fines, recouvertes de cire, qui résistent au froid et coûtent moins cher à entretenir. Le récit complet, avec la petite expérience de la feuille dans l'alcool pour en sortir les couleurs cachées, est ici : Pourquoi les feuilles tombent en automne ?.
Ce que les enfants retiennent bien, c'est l'idée d'un arbre qui ferme boutique pour l'hiver et rouvre au printemps. Elle relie l'automne au reste : les jours raccourcissent parce que la Terre est penchée sur son orbite, ce qui explique aussi pourquoi il fait nuit plus tôt en décembre (Pourquoi il fait nuit ?) et pourquoi le vent d'automne semble plus fort, alors que ce sont surtout les feuilles qui le rendent visible (Pourquoi y a-t-il du vent ?).
L'âge des pourquoi : à 2-3 ans
Le premier « pourquoi » arrive en général entre deux ans et demi et trois ans, peu après le « c'est quoi ça ? ». À cet âge, il ne demande pas encore une explication. Il a compris que ce mot fait parler les adultes, et il s'en sert pour garder la conversation ouverte. Quand un enfant de deux ans et demi demande pourquoi le chat dort, il n'attend pas un cours sur le sommeil des félins ; il attend que vous restiez avec lui à regarder le chat. Une réponse courte et un « et toi, tu crois quoi ? » lui suffisent.
Entre quatre et six ans, tout change. L'enfant cherche des causes pour de bon, il relie les événements entre eux, il repère les contradictions. C'est l'âge où il refuse « parce que c'est comme ça » et où il retient une réponse pour la ressortir trois semaines plus tard. Une étude américaine publiée en 2007, qui a enregistré des enfants de deux à cinq ans à la maison, a compté en moyenne 76 questions par heure de conversation. Ce n'est pas de la provocation, c'est la vitesse à laquelle un cerveau de cet âge construit son image du monde.
Il y a un ordre à peu près stable dans les sujets. Le corps et les animaux viennent en premier, parce qu'ils sont à portée de main : pourquoi on bâille, pourquoi le chien mange de l'herbe, pourquoi on pleure. Le ciel et la météo suivent, dès que l'enfant sort assez pour les observer. Vers six ou sept ans arrivent les questions qui font peur aux parents, celles sur la mort, la naissance, l'infini ; elles demandent surtout du calme, pas de longs discours.
Vers huit ans, l'enfant pose moins de questions à voix haute. Non qu'il soit devenu moins curieux : il a appris à chercher seul, à lire, et il craint parfois d'avoir l'air de ne pas savoir. C'est le bon moment pour lire les réponses ensemble, plutôt que de les donner, et pour garder le rituel des questions du dîner.
Comment répondre à un enfant qui demande pourquoi en boucle
La boucle est connue de tous les parents : pourquoi le ciel est bleu ? Parce que l'air éparpille le bleu. Pourquoi il éparpille le bleu ? Parce que le bleu a des ondes plus courtes. Pourquoi ? Au troisième étage, on ne sait plus, et au quatrième on s'énerve. La première règle est d'accepter que la chaîne n'a pas de fin : les physiciens eux-mêmes s'arrêtent quelque part. Dire « ça, personne ne le sait encore » est une réponse vraie, et un enfant l'accepte bien mieux qu'un « parce que » agacé.
La deuxième règle est de répondre court, avec une image du quotidien, puis de se taire. Une phrase, une comparaison, et l'on laisse l'enfant décider s'il veut la suite. Beaucoup de boucles s'arrêtent d'elles-mêmes quand la réponse est concrète : « le bâillement, c'est le cerveau qui ouvre la fenêtre pour se rafraîchir » se retient, alors qu'une explication sur la température du sang se perd en route. Les réponses simples de trois phrases sont écrites pour cela ; elles se lisent à voix haute en dix secondes.
Troisième règle : retourner la question de temps en temps. « À ton avis ? » oblige l'enfant à formuler une hypothèse, et ses hypothèses sont souvent plus proches de la vérité qu'on ne le croit. S'il dit que la mer est salée parce que les poissons transpirent, il a compris que le sel vient de quelque part ; il ne reste plus qu'à remplacer les poissons par les rivières.
Quand la boucle sert surtout à retarder le coucher ou à tester la patience, il est permis de le dire, gentiment, et de proposer un rendez-vous : on note la question sur un papier, on la lit demain à table. L'enfant obtient une vraie réponse, le parent obtient la paix, et la question posée la veille par un enfant de cinq ans, relue au dîner, est souvent la meilleure conversation de la journée.